D’une politique de tourisme et de l’hôtel du Palais – 2

L’hôtel n’est pas sorti de l’auberge

On a déjà évoqué ailleurs la crise municipale de 1991. À compter de cette date, le maire, Monsieur Borotra, entreprit de transformer Biarritz. On peut agréer les orientations qu’il traça ou les contester, on peut aimer ses réalisations ou les déplorer, le maire exposa ses objectifs et les tint avec obstination et cohérence. On ne juge pas ici de la pertinence de tel ou tel choix, on se contente de constater qu’ils furent faits. Dès lors, les choses allèrent vite, projets et travaux s’enchaînèrent.

L’une des décisions les plus importantes et porteuses de conséquences que le maire prit dès 1991, fut l’ouverture de l’hôtel du Palais à l’année, jamais vue depuis les années 30. Ce faisant, il visait moins la relance de l’entreprise commerciale elle-même que le rayonnement de l’hôtel et son effet d’entraînement sur l’ensemble de l’activité commerciale et de l’économie touristique locales. Alliée à une politique volontariste d’accueil de congrès, de création de festivals et d’événements, cette décision allait changer les mornes hivers de Biarritz : animée toute l’année, elle redevint très vite la station à la mode que nous connaissons aujourd’hui. Biarritz redécollait, avec une clientèle autre que par le passé mais à fort pouvoir d’achat. Sa sociologie même allait se transformer durablement.

Le Palais fut un levier essentiel de la réussite de cette politique publique. C’est ainsi qu’il faut voir le palace. Le réduire à sa seule situation d’entreprise commerciale devant dégager des bénéfices est dangereusement réducteur. Bien plus qu’un hôtel, et beaucoup plus encore qu’un symbole, il est un outil, peut-être coûteux, mais dont la puissance publique ne peut se passer.

Ces derniers mois, nous avons vécu quelques mélodrames municipaux. On passe sur l’épisode Four Seasons qui n’était pas, en effet, le bon interlocuteur. Hyatt correspond mieux au standing, aux coutumes tarifaires et à la clientèle de Biarritz.

Mais la structure administrative sur laquelle est assis l’établissement a été terriblement fragilisée. Le bail emphytéotique de 75 ans à la SOCOMIX donne à la SEM les quasi prérogatives d’un propriétaire, et ses contraintes. Cela allié à un emprunt terriblement lourd et risqué et à l’entrée du holding JCDecaux à son capital comme actionnaire avec minorité de blocage, la rend excessivement vulnérable. Cette notion de minorité de blocage n’est que mollement définie dans la législation : l’actionnaire minoritaire peut bloquer une décision de la majorité si celle-là va à l’encontre des intérêts de la société. Si tel avait été le cas en 1991, jamais le maire de l’époque n’aurait pu prendre la décision d’ouverture à l’année car elle n’était pas dans l’intérêt de l’hôtel lui-même mais de l’ensemble de la station. Ce dont, demain, l’actionnaire minoritaire n’aura que faire : un holding monté pour faire de l’argent doit faire… de l’argent, pas du social à Biarritz ! Au premier hiver déficitaire, l’hôtel fermera à nouveau ses portes de novembre à mai, perdra ses capacités de remboursement, risquera la cessation de paiement, ses murs ne vaudront plus rien et il renverra l’économie touristique biarrote 60 ans en arrière !

Ceux qui ont pris ces décisions n’ont pas compris ce qu’avait fait leur prédécesseur. Se présentant comme ses successeurs, ils ont défait l’un de ses ouvrages essentiels. L’argument selon lequel une structure commerciale doit être une structure totalement privée, « un hôtel n’a pas à être géré par une municipalité », est non avenu. Ah ! Si le Palais n’était, comme à Cannes, qu’un parmi dix hôtels cinq étoiles, entouré de dizaines de quatre étoiles dont Biarritz manque furieusement, il en irait autrement. Mais ici, il est seul, sans concurrent 700 kilomètres à la ronde, et est le porte-avions de la politique touristique biarrote. C’est en cela et pour cela qu’il est et doit rester un outil aux mains de la puissance publique. Parce qu’il est nécessaire à l’économie de la cité. Parce qu’il est le premier employeur direct et indirect de Biarritz. Parce qu’il tire, comme le ferait une locomotive des wagons d’un train, une activité commerciale à l’année. Parce qu’il entraîne avec lui tout un pan de la vie de la ville. Parce que sans lui beaucoup d’événements commerciaux ou culturels, festivals, congrès et séminaires n’auraient pas lieu.
On ne parle même pas des murs, évidemment. 

Le prochain maire de Biarritz, pour être crédible, devra avoir pris l’engagement que la Ville

  • conservera la propriété des murs,
  • consolidera sa présence à la SOCOMIX,
  • en reprendra les commandes sans « blocage » possible,
  • s’assurera auprès de la SOCOMIX et de Hyatt d’une ouverture à l’année sans condition.

Il devra en outre, avoir eu le courage de dire que cela aurait un coût. Un coût que devra assumer la collectivité, au bénéfice de la collectivité.

9 commentaires sur “D’une politique de tourisme et de l’hôtel du Palais – 2

  1. Jacques bonjour.
    Pourquoi dis tu que pour seasons n etait pas le bon interlocuteur ? Avec quelle marque d hyatt discute t on? Saint Sébastien a 30km de biarritz à repris le meilleur hôtel Maria Cristina et a développé une très bonne politique culturelle et artistique dans la ville. Le Kursaal a naturellement trouvé sa place à côté. C est un modèle à regarder.

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    1. Bonjour Xabi
      Four Seasons développe une politique de luxe et tarifaire de trop haut de gamme pour une ville comme Biarritz qui n’est ni Megève ni Saint-jean Cap Ferrat
      Et pas davantage San Sebastian, agglomération de 500.000 habitants, ce qui n’est pas notre petite côte basque nord. Ça se discute mais il nous faut avoir conscience de notre petite taille et de la relative modestie de nos installations par rapport à d’autres grandes stations

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  2. D’octobre 2018 à juillet 2019, le « navire amiral du tourisme biarrot, le phare de la côte basque » est resté en cale sèche pour réparation. Et, à Biarritz, on ne compte plus le nombre de commerces qui ont baissé leur rideau et tous ses pauvres commerçants qui, désespérés, se sont précipités du haut du Cap St Martin !
    Heureusement, rien de tout ça n’est arrivé ! Mais cette longue période de fermeture a démontré la suffisance d’un discours municipal: oui, Biarritz peut vivre sans le Palais ! Et ce discours, que tu reprends à ton compte aujourd’hui, n’a jamais servi qu’à entretenir une « danseuse » qui permettait à nos maires de pavaner aux côtés de personnalités et d’y inviter leurs amis aux frais de l’impératrice. Si cet hôtel a pu ouvrir à l’année, c’est parce que le loyer qu’il payait à la ville était calculé sur le bénéfice réalisé: si pas de résultat, pas de loyer ! Et pas de travaux d’entretien non plus: la facture de » remise à niveau » dépasse aujourd’hui 65 millions et il restera à la rentrée une centaine de chambres (sur 145) à réaliser. Pour combien de millions supplémentaires ? Une fois tous ces travaux terminés, comment la SOCOMIX va t elle pouvoir régler un loyer de plus de 900 000 €, montant, bien que ridicule au regard des 16 000 m2 de surface, jamais réglé à ce jour ?
    Tu as raison d’écrire que Biarritz « n’est ni Megève ni Saint-jean Cap Ferrat », et son attractivité touristique ne fonctionne qu’à la belle saison: voilà pourquoi l’Hôtel du Palais ne peut être rentable en restant ouvert à l’année. C’est peut-être ce qui le sauvera des appétits des gros investisseurs….

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    1. Oui, Philippe, mais cette longue période de fermeture fut temporaire et tout le monde le savait. Ça change tout. Et le train roule, désormais.
      cette danseuse ne fait plus guère la danse du ventre aux élus municipaux et, heureusement, est passé le temps où ce pauvre palais était, en effet, leur résidence secondaire.
      Tu remarqueras que je ne le considère pas pour lui même mais comme moteur de l’industrie touristique locale. Et, oui, son ouverture à l’année a entraîné une dynamique chez un grand nombre d’hôteliers. L’état de hôtellerie biarrote était déplorable, en quelques années, elle s’était remise à niveau. Ça a bien une cause, ce n’est pas venu ainsi brutalement par hasard. Alors si le Palais n’est pas « une » de ces causes (jamais une seule, évidemment, c’est une conjonction), quelle serait cette cause ?
      Je te rejoins dans ta conclusion optimiste : il n’est pas rentable en lui-même. Ça le protègera peut-être bien, oui. Sa rentabilité n’est pas un but en soi. Mais il est nécessaire.
      Ciao ami
      à +

      Puisque tu ris du « navire amiral », une devinette, Philippe. Qui a écrit ceci :
      – « Cet hôtel […] est enfin, le navire amiral de la politique touristique de Biarritz et du Pays Basque dont les intérêts sont, depuis trois ans, liés dans la marque officielle “Biarritz-Pays Basque” dont les deux notoriétés se confortent dans la promotion internationale de l’Etat et de la Région et a donné son appellation à l’entrée aérienne de notre territoire, l’aéroport de Parme » ?

      Note que je n’ai pas employé l’expression…

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  3. Petite précision: si l’hôtellerie biarrote s’est renouvelée c’est parce que presque tous les hôtels ont changé de main : depuis le Miramar, en passant par le Régina, le Plaza, le Président, Le Radison…De nouvelles enseignes sont apparues comme Beaumanoir, Silhouette, Koegi, les Patios d’Eugénie, George V….Crois tu que c’était dans le but de profiter de la décrépitude du Palais ?

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    1. cela s’inscrit dans la dynamique de la station, voyons. Une fois que la machine fut lancée, elle n’allait pas s’arrêter en quelques mois de rénovation par lesquels passent tous les hôtels

      Pour ma petite devinette, c’est Jacky Abeberry qui a écrit cela

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  4. D’ailleurs tu dis, plus haut Philippe, que « Biarritz peut vivre sans le Palais » et plus loin que, n’étant pas rentable « c’est ce qui le sauvera des gros investisseurs ». S’il nous coûte cher, qu’on n’en a pas besoin mais qu’il faut le préserver des investisseurs, tu veux en fair quoi, de rentable ?
    Une usine houloélectrique ? Une colonie de vacances ?

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  5. Je me réjouis de voir fleurir un peu partout à Biarritz, grâce à de nouveaux blogs, des espaces d’expression citoyenne et de constater à vous lire que Biarritzmania, avec ses analyses et réflexions, apporte beaucoup à tous les passionnés de Biarritz. Si je suis en désaccord absolu avec votre article, c’est donc bien dans l’esprit d’un débat d’idées et non de personnes et cela ne nous empêchera nullement de prendre un café ensemble lorsque nous nous croiserons.
    Mais, sachez-le, je suis à des années-lumière de votre analyse. Hasard ou non, votre argumentation est très semblable à celle que j’ai entendue de la bouche du sénateur Max Brisson et, sans vous offenser, je la trouve fort datée.
    Vous nous expliquez que la collectivité doit accepter que La Palais nous coûte collectivement un peu d’argent, tellement cet établissement apporte une pluie d’heureuses retombées à tous. Permettez-moi de rire et de tousser lorsque je lis « beaucoup plus encore qu’un symbole, il est un outil, peut-être coûteux, mais dont la puissance publique ne peut se passer. »
    L’Hôtel du Palais a toujours été le jouet de politiques qui s’imaginent grands à côtoyer des gloires nationales, heureuses de pouvoir séjourner à prix cassé dans un palace. Relisez le rapport de la Cour des comptes de l’époque Borotra. Le Palais versait 170 000 euros de redevance annuelle, tandis que la mairie dépensait chaque année 220 000 euros SANS LE MOINDRE JUSTIFICATIF. Le Palais, comme le Foro, ont été des machines à corrompre les élus locaux en des temps où l’on ne regardait pas de trop près les comptes publics.
    Autant, il a été judicieux d’acheter Le Palais pour éviter une vente à la découpe, autant il n’y a plus aucun risque à le revendre, puisqu’on peut désormais définir une vocation hôtelière à une zone du PLU.
    Ce bâtiment, s’il est vendu, conservera donc sa vocation hôtelière. Et surtout on reviendra à un peu plus de moralité. Ce n’est pas le rôle d’une ville d’entretenir à grand frais un palace. C’est le rôle d’une ville d’utiliser l’argent public pour aider ceux qui en ont le plus besoin.
    La calamiteuse gestion du duo Veunac-Lafite, avec un emprunt planqué sous le tapis et un actionnaire en embuscade qui ne rêve que de nous piquer ce palace nous montre bien que l’équipe municipale s’est totalement fourvoyée. Il fallait vendre le fonds et les murs pour redonner de l’air à la trésorerie municipale et laisser un spécialiste (aux dires de tous Four Seasons est beaucoup plus compétent qu’Hyatt) gérer ce bien. Chacun ainsi, aurait été à sa place, et, comme on dit dans le sud-ouest l’église aurait été au centre du village.

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    1. Malheureusement, Cher Monsieur, vous mélangez les choses et les voyez par le petit bout de la lorgnette :
      1/ Vous contestez que le Palais soit utile en tant qu’outil d’une politique touristique de standing par les déviances que vous avancez de son utilisation. Que ces déviances cessent ! Et c’est tout. Ce n’est pas le Palais qui fait les dépenses sans justificatif ! Votre ami blogueur oloronais en a dénoncé quelques unes pour sa ville et, que je sache, Oloron-Saint-Marie n’a pas de Palais et n’est pas une station balnéaire de standing. Quand je démontrai plus haut en quoi il est ce levier nécessaire vous ne dites pas pourquoi il ne l’est pas.
      2/ Je ne dis pas non plus que, vendu, il ne resterait pas un hôtel. Je dis qu’en hiver il ne serait guère ou pas rentable et, à nouveau, fermerait ses portes 8 mois sur 12 et que, à long terme, ce serait très mauvais pour l’accueil de certaines manifestations, car Btz n’a guère d’autres 5 étoiles. Il est là, le risque, ne me prenez pas pour un melon en me parlant de PLU. Un PLU… qui change régulièrement !
      3/ « Utiliser l’argent public pour ceux qui en ont besoin » : évidemment. Mais si durablement la taxe de séjour chute, qu’aurez-vous à distribuer ? Comment financerez-vous la politique sociale dont Btz a besoin ?
      4/ Vous constaterez que je ne défends pas (c’est un euphémisme) la gestion de l’actuelle équipe municipale. Ou alors vous m’avez mal lu

      Enfin, vous semblez voir plus souvent que moi, Monsieur le Sénateur Brisson. Je ne sais rien de ses positions en cette matière mais tant mieux si elles sont saines. Le café que nous boirons ensemble, vous et moi, sera d’autant meilleur que vous n’aurez pas sous entendu, « hasard ou non », que lui ou moi était la voix de son maître.

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