Promenade

Jean-Philippe Collard et Les Tableaux d’une Exposition

Arcangues, Baigorri, Lacommande, Ordiarp, Orthez, Lons, Cambo.

En 1998, pour un festival du Département, j’invitai Jean-Philippe Collard (ici), le plus brillant pianiste français avec Philippe Entremont, mais d’une autre génération, à partager une improbable aventure : donner des récitals de piano dans de petites villes et villages de notre département. Ces sept furent candidats pour jouer le jeu.

Il y a… quelques années !
Couverture de pochette de disque EMI
Photo ©Maxresdefault

Nous avions longuement discuté du programme Jean-Philippe et moi, et de la manière dont se dérouleraient les soirées. Je savais qu’il souhaitait jouer dans des lieux intimes et avoir un contact direct avec un public pas forcément averti ; il aime cette proximité : « c’est là que se révèle mon âme d’artiste » m’a-t-il écrit par la suite. Il pensait à des œuvres courtes desquelles il pourrait parler. Je lui exprimai mon souhait d’une œuvre assez longue, dans laquelle on aurait le temps de s’installer. C’est lui qui eut l’idée lumineuse des Tableaux d’une Exposition de Moussorgski. Voilà une mélodie, cette Promenade (ici) qui revient comme un refrain, de quoi satisfaire les oreilles les moins averties. Elle entrecoupe d’autres pièces, très colorées, variées, plaisantes et aux noms évocateurs (Ballet des Poussins dans leur Coquille ; Limoges, le Marché ; La Cabane sur des Pattes de Poule etc.) : une succession d’assez courtes pièces, comme il l’avait envisagé mais en même temps une œuvre de vastes proportions (35 minutes), comme je le lui avais suggéré, que l’on peut aborder globalement. Nous étions donc tous deux satisfaits et, surtout, satisfaits d’avoir construit quelque chose d’artistiquement sans concession à offrir à un public souvent vierge de ce genre de musique.

Pont et église d’Ordiarp

C’est probablement la soirée d’Ordiarp, dans la salle d’animation en face de l’église, qui nous émut le plus. Car dans cette commune de 500 habitants, il y eut 250 spectateurs ! Après divers essais acoustiques pas très satisfaisants, j’avais fait placer le Steinway au centre de la pièce, couvercle ôté pour ne pas gêner la vue, les chaises en rond tout autour. Jean-Philippe, n’y vit aucun inconvénient : « pas trop près quand même, que j’aie la place de jouer » me répondit-il dans un sourire. Aucun de ces spectateurs n’avait jamais assisté à un récital de piano : quelle expérience ! Pendant la première ½ heure, Jean-Philippe intervenait entre chaque pièce, puis présentait Les Tableaux qu’il jouait ensuite sans interruption, ce qui faisait un concert d’une bonne heure.
Ce fut un succès monstre.

Le pianiste restait sur place avec les spectateurs à l’issue des concerts pour un verre de l’amitié. Ce soir-là, ils restèrent tous. Je me souviens de son aisance, lui, habitué des plus grandes scènes du monde, déambulant tout sourire, parlant à chacun longuement et répondant à toutes les questions, aux plus pertinentes de la même manière qu’aux plus naïves.

Maddi Oihenart

Et puis… Et puis, il y eut l’after. On nous avait préparé dans une salle annexe une table et un menu comme savent le faire les Souletins. Nous étions une petite trentaine. Au dessert, je demandai à ma voisine, pour qui j’ai une grande admiration, la personne comme la chanteuse, d’interpréter une mélodie souletine pour Jean-Philippe. Hésitante au début, elle le fit de bon cœur car Maddi Oihenart a l’élégante simplicité des vrais artistes. J’aime sa voix chaude, puissante et douce à la fois qui sait se faire tellement tendre (Maddi et Céline Oihenart, ici). Jean-Philippe, découvrait en même temps le genre mélodique souletin et Maddi. Lui qui a aussi la simplicité naturelle des grands artistes ne cacha pas son émotion : son regard la trahissait.

Ce fut bouleversant.

Jean-Philippe Collard vient de graver ces mêmes Tableaux d’une exposition en CD, c’est ce qui m’a donné envie de raconter ce souvenir magique. Évidemment, 20 ans plus tard, il ne les interprète plus de la même manière : ce qui était superbe est devenu exceptionnel. Je n’en dis rien de plus, je vous laisse découvrir. L’artiste les a couplés avec 6 Moments musicaux de Rachmaninov, une redécouverte aussi. Et pour tous publics, adultes comme enfants, tant la mélodie de cette Promenade est belle, facile à mémoriser et sympa à chanter.

Jean-Philippe Collard
Illustration William Beaucaret – ©La Dolce Volta 2018

Moussorgski, Tableaux d’une Exposition
Rachmaninov, Six Moments musicaux
Jean-Philippe Collard, piano
CD La Dolce Volta – www.ladolcevolta.com
Enregistré à la Cité musicale – Arsenal de Metz, probablement la plus belle salle de concerts de France.

Maddi Oihenart, qui participe à de nombreux kantaldi, a enregistré chez Elkar. Librairies à Bayonne et Mauléon – www.elkar.eus

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