Onda Carioca

C’est comme Plus Belle la Vie, y’a un rebondissement par soir et ça n’en finit pas.

Je veux d’abord rendre à César ce qui est à César et à Jean-Yves Viollier ce qui est à Bisque Bisque Basque (ici) : je lui ai piqué le tableau budgétaire. Il ne m’en voudra pas trop. Ou juste un peu trop… De toute manière je lui en veux beaucoup d’avoir trouvé ce si joli « Cariocaisse » avant moi. Mais bon, il n’a pas été au Canard pour rien.

Ma profession m’a fait étudier ce genre de dossier toute ma carrière. Hélas, je ne l’ai pas en entier et il me manque les éléments artistiques et de programme pour le juger valablement. Je les ai demandés mais (vous saurez tout) comme je suis en ce moment à l’autre bout de la diagonale de l’Hexagone (ce qui est en soi un exploit) je les attends. Je n’hésite pas à ajouter mon grain de sel car il y a déjà pas mal d’éléments gênants.

Un document budgétaire doit respecter un plan comptable et il en existe un pour les associations. Ce n’est pas que de pure forme. C’est tout simplement pour que soient comparables entre eux tous les dossiers associatifs. C’est ainsi que l’on peut juger valablement de la solidité et de la réalité des éléments financiers. J’imagine que le producteur à l’origine d’Onda Carioca a un comptable apte à l’exercice, sinon je ne donne pas cher de sa boîte.

Un budget en… déséquilibre !

Je regarde vite fait poste par poste.

Commençons par le commencement, la fin : aberrant qu’un budget prévisionnel ne soit pas à l’équilibre ! La colonne des dépenses doit être strictement égale à celle des recettes. Si on imagine un « équilibre du budget » [sic] à excédent de 7.000 euros, alors on baisse la demande de subvention d’autant. Pour cette seule raison, un service financier doit la modifier.
Premier réflexe : 200.000 – 7.968 = 192.032

Report à nouveau : la moindre des choses est de présenter le budget réalisé de l’année précédente pour que le subventionneur constate la réalité et la raison du déficit. On n’avance pas comme ça de telles sommes sans aucune justification ; elles semblent lancées à la louche.
Deuxième réflexe : 192.032 – 125.152 = 66.880

Voilà : 66.880 euros, c’est la subvention à laquelle pourrait éventuellement prétendre Onda Carioca 2020 sous réserve de l’étude du reste du dossier. Si j’étais, ce qu’à Dieu ne plaise, directeur de la culture à Biarritz c’est la note que je ferais à Monsieur le Maire. Mais un fonctionnaire ne répond qu’aux questions qu’on lui pose…

Artistique (dont dépenses hébergement et restauration sur place) : non, non, ça, ce n’est pas possible. Le budget artistique doit être présenté de manière analytique pour être… analysable. On devra y lire les cachets bruts des artistes et les charges sociales. Y inclure l’hébergement et la restauration c’est de l’enfumage : ils doivent être détaillés dans un autre poste. Imaginez qu’ils soient tous logés au Palais, histoire de remplir l’hôtel Hyatt…
De plus, il existe des défraiements syndicaux à allouer aux artistes. Ils n’ont pas table ouverte dans les restaus du coin. C’est ce défraiement qui doit leur être donné, libre à eux de manger pour le prix qu’ils souhaitent. Désolé d’être vachard, mais ici, ils ne sont pas en vacances, ils bossent. Si les producteurs veulent leur faire une fleur pour que leur séjour soit plus agréable, qu’ils le fassent sur leur cassette personnelle.

Technique, logistique, sécurité : le chiffre est suffisamment important pour être détaillé : ce n’est pas une bagatelle. Certes, il peut être tout à fait justifié tant une scène digne de ce nom nécessite de moyens pour faire de vrais spectacles. Donc, a priori, je ne le conteste pas. Il faut en avoir le détail, c’est tout.

Communication : 106.000 c’est important aussi mais peut se justifier. Mais ici encore, il doit être détaillé. Surtout un budget com tellement susceptible de dérives en tous genres. Pas question de suspicion : les choses doivent être nettes quand on s’adresse à une collectivité publique (quand même, pour une opération gratuite dont la publicité a été déjà tellement assurée, malgré elle, ils me font un peu marrer, ces 106.000).

Frais de structure : encore 106.000. Ca, c’est dur à avaler. Ce sont les frais d’organisation, secrétariat, déplacements, honoraires et salaires, tous frais de la structure porteuse qui doivent être dispatchés dans les divers postes du plan comptable et surtout, détaillés.


N.B. : pendant que j’écris ceci, je reçois de Monsieur Viollier le complément du dossier. J’en sais donc un peu plus. Milesker ainitz JYV.


On voit donc que Seu Jorge (rien à dire, choix excellent) est directeur artistique. Il a donc pour cela un cachet spécifique ou un cachet d’artiste augmenté (un cachet est un salaire d’artiste employé en CDD, rien d’autre. Il est donc soumis au droit social ordinaire. Il y a des particularités et des exceptions, mais je ne vais pas entrer dans des détails qui ne s’appliqueraient pas ici). J’avais vu passer Monsieur Cassel et son producteur. Innocemment, je croyais que l’un d’eux était directeur artistique. Ça commence à faire beaucoup d’intervenants dont on ne sait le rôle exact. Evidemment, on suppose que chacun reçoit un salaire. La moindre des choses serait qu’ils soient présentés en détail.
En plus, dans la colonne de droite, figure un très généreux Apports Producteurs & coproducteurs : 50.000. Sympa. Mais si c’est pour se les faire payer 106.000 dans la colonne de gauche, je ne sais pas bien si ça vaut le coup…

Autres dépenses (taxe sur les spectacles, assurances…) : 22.200, ce n’est pas énorme compte tenu de ce qu’il y a à assurer. Deux remarques :
Taxe sur les spectacles : Tilt. Celle-ci ne s’applique pas aux associations non soumises à TVA. Uniquement aux entreprises privées du spectacle à but lucratif. Donc la structure porteuse de la manif n’est pas une asso mais une structure privée à but lucratif. Ce qui vient ôter la pertinence de mon couplet sur le plan comptable des associations qui est à remplacer par le plan comptable des entreprises… C’est secondaire. Mais, il y a un mais, et il n’est pas petit. On y reviendra (Cf. plus loin : structure juridique).
Assurances : la première chose à assurer, évidemment, c’est l’annulation en cas de pluie ou intempéries et le matériel. Quelle est la part de cette assurance dans ce total ? Car cette assurance est absolument nécessaire à Biarritz, sinon, non seulement il n’y aurait pas de Onda Carioca 2020 mais il y aurait un report à nouveau encore plus important pour l’édition 2021 en plus d’une demande de subvention de 400.000 sans qu’on ait encore esquissé le premier pas de samba. Frustrant ! Gênant ! Chérot !

A propos de la structure juridique : la législation n’exclut pas formellement la possibilité de subventionner une entreprise privée. Mais ici on n’est pas dans le soutien à une activité économique locale. Je vais donc poser deux questions et vais même y répondre :
1 – Est-ce de l’action culturelle ? Car c’est bien ça qui nous intéresse, le mot culture ne signifiant plus rien. Je passe sur la définition de l’expression, ceux qui font de l’action culturelle toute l’année bénévolement m’ont déjà compris : non, évidemment. Nous sommes ici dans l’événementiel pur, qui plus est festif, puisqu’il est présenté ainsi « chanter, danser, faire la fête », dans une animation estivale de la station (où sont Biarritz Evénement et Biarritz Tourisme ?). Rien à redire, au contraire, il en faudrait davantage. Sauf que j’espère que tout cela n’émarge pas au budget de la culture.
2 – Mais alors, survient un autre problème, dont je disais plus haut qu’il n’était pas petit : si on est dans l’événementiel pur à caractère commercial, avec un tel niveau de participation de la Ville, il faut obligatoirement au moins passer par une procédure d’appel d’offre voire de marché public. Là, y’a un sérieux hic, quand même, non ?

Sur le flou du programme de chaque soirée, je ne dis rien car c’est logique. Nous sommes à plus d’un an de la manifestation et tout cela reste à affiner. C’est normal. Mais ça devra l’être vite.

Une remarque sur
la couverture médiatique : Arte, c’est pas ça qui va déclencher l’envahissement de nos plages par les foules populaires…! France 3 ? Bon, pourquoi pas, bon relais. Mais le logo Canal+ apparaît en premier sans qu’il en soit fait mention dans le plan media. Le producteur aurait-il un contrat d’exclusivité commerciale avec la chaîne commerciale et donc obligation contractuelle de la mentionner ? Et donc ? Quel avantage pour Onda Carioca ? Quelles retombées financières ? Médiatiques ? Où passent les droits télé ? Car ce genre de spectacle, donc de programme, ça se négocie.

Bah… Je n’en rajoute pas, sinon je vais entrer dans des considérations polémiques qui vont nuire à la neutralité de mon propos (« il n’y a pas de maire ? », « Il n’y a pas d’adjoint aux finances ? A la culture ? », « Il n’y a pas de juriste dans cette assemblée, majorité et opposition réunies, puisqu’on ne sait plus qui est où ? » etc. Non, non, ça, ce serait pas bien).
Tout cela est assez clair ainsi.



« Arène » dit le dossier de presse. Merdum ! J’aurais préféré théâtre : parce que dans l’arène, à la fin, y’a un mort !

7 commentaires sur “Onda Carioca

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