Omar Khayyâm

Mille ans de sagesse, de noblesse et d’espoir

1979-2019. Quarante ans. Est-il utile de marquer pareil anniversaire ? Celui d’une révolution qui fit sombrer tout un peuple dans un obscurantisme d’un autre âge ? Celui de l’avènement d’ayatollahs qui nous imposent depuis une tellement fausse vision de leur religion ?
Car le Shiisme est en réalité la branche la plus tolérante de l’Islam. Hélas ! Qui le sait encore ?

Avec trois décennies d’avance (mais où serai-je alors ?) je préfère en célébrer un autre, bien plus moderne, bien plus grand, tellement plus libre :

le millénaire d’Omar Khayyâm.

Khayyâm est un disciple d’Avicenne, à peine plus vieux qu’Averroès. Il est mathématicien, philosophe et poète, soufi et shiite ; il chante le désir, le plaisir et le vin. Oui, le plaisir ! Oui, le vin !
Aux environs de l’an mil, un philosophe et poète shiite, célèbre et révéré dans toute la Perse, chante le plaisir de l’ivresse et le bonheur du réveil auprès d’un charmant minois !
Ses poèmes sont de merveilleux quatrains, appelés Rubaïyat en persan, ciselés au calame, d’une grande délicatesse. Hélas je ne peux goûter la langue originelle. Ils sont tantôt sombres et désespérés tantôt joyeux à l’évocation d’une coupe de vin ou d’« une fille aux lèvres de carmin », enfin pleins de sagesse et de résignation. Ces vers me fascinent, j’y reviens sans cesse. Cinq cents ans (!) avant ceux de Ronsard ou du Bellay, ils sont admirables.


Omar lucide mais triste


La plume étant toujours dans la main du destin,
De mal ou bien pourquoi me charge-t-on en vain ?
Aujourd’hui n’étant rien comme hiver, sur quelle preuve
Devrai-je aller demain au tribunal divin ?






Un double quatrain
Omar fataliste et épicurien



Viens, laissons l’Avenir ; laissons nos chagrins fous,
Jouissons du Présent fugitif et si doux !
Car bientôt nous devrons suivre la même route
Que ceux qui sont partis sept mille ans avant nous.

Voici l’aube ; buvons un peu de vin rosé.
Que, pareil au cristal, notre honneur soit brisé !
Je ne veux plus pleurer mes vaines espérances :
La harpe et tes cheveux m’auront vite apaisé.



Omar plus sage et résigné

Ô cœur, suppose donc posséder tour à tour
Toutes ces fleurs de rêve au jardin de l’amour.
Sur ces fleurs, une nuit, pareil à la rosée,
Tu resteras sans doute et t’en iras le jour.




A quelques mois d’élections, un peu de modestie



Bien des gens, après nous, du Monde auront leur part.
Nul ne se souviendra de nous autres, plus tard,
Rien ne manquait sur terre, avant notre arrivée,
Tout restera tel quel après notre départ.





Et ce dernier, double lui aussi
Omar résigné à nouveau mais d’humeur folâtre


A jeûner et prier ayant été poussé,
J’espérais voir mon vœu le plus cher exaucé.
Las ! mes ablutions pour un vent s’en allèrent
Et par un peu de vin mon jeûne fut cassé.

Quand l’arbre de ma vie, écroulé dans l’abîme,
Sera rongé, pourri, du pied jusqu’à la cime,
Lors, si de ma poussière on fait jamais un pot,
Qu’on l’emplisse de vin, afin qu’il se ranime !




Les calligraphies sont de Lassaâd Métoui, artiste tunisien né en 1963, qui a beaucoup travaillé notamment pour l’IMA, Institut du Monde arabe.

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