Michel-Ange, le Tondo Doni et… David

Michel-Ange, forcément Michel-Ange, pour mal paraphraser qui vous savez… 

Pour que l’on comprenne mon impatience, je commence par une anecdote : étudiant, j’avais suivi deux cours d’Histoire de l’Art dont un sur la Renaissance italienne. Un travail nous avait été donné sur les connaissances de Michel-Ange en anatomie, rares chez les artistes de son temps. Nous nous ruâmes à la bibliothèque avec d’autant plus d’assiduité que le prof avait une réputation de peau de vache : avoir 10 était un exploit. J’abandonnai vite l’exercice assez vain de compulsion de bouquins pour décortiquer des photos de sa Sainte Famille, le Tondo Doni, que je comparai à une autre, de Raphaël, puis de David que je comparai à je-ne-sais-plus-quoi. Muni de ce que j’avais appris en cours je fis les comparaisons (oh ! Rien d’éminent). Je ne fis que ce que l’on a simplement à faire devant l’art : se laisser conduire par l’œuvre, elle dit tout, elle contient tout. Quelques jours après, je fus l’objet de regards obliques de mes condisciples : j’avais 13, la note suivante étant loin. C’est dire si ces deux œuvres devinrent importantes ; je fis le voyage à Florence presque uniquement pour le bonheur de les rencontrer. Je ne fus pas déçu, elles m’y attendaient.

La Galerie des Offices vient d’être rénovée et agrandie. L’aile des Quatrocento et Cinquecento a doublé de surface : un régal. Les œuvres sont désormais admirablement mises en valeur. De terribles Boticelli, Vinci, Raphaël et deux immenses et fantastiques Rubens, entre tant d’autres. Du coup, deux (re)découvertes : Andréa Del Sarto et Felippo Lippi, peintre majeur du Quatrocento, que je n’avais jamais regardés ainsi.

Merveilleuse Sainte Famille. Michel-Ange va loin dans les détails. Tout est d’un réalisme étonnant. En plus du mouvement de rotation que je vois vers l’arrière, d’autres le voient vers l’avant, et des expressions des visages. Et leurs deux regards vers l’Enfant ; c’est tellement émouvant ! Le cadre fut commandé par Michel-Ange pour son tondo. Sympa aussi.

Le Tondo Doni

Mais c’est à la Galerie dell’Adademia que vous attend David

La main

LA main. Cette fantastique main. David est taillé dans un unique bloc de marbre de quatre mètres de haut dont personne ne voulait car il avait un défaut. Sacré Michel-Ange, qui sut le contourner, diable de sculpteur ! Sachant qu’un seul coup de ciseau peut te ficher tout le boulot en l’air et que c’est irrattrapable, t’as pas le droit à une erreur, chaque coup doit être le bon : regardez ces détails de fou, ce réalisme, ce qu’il ose ! Ma benjamine, jeune médecin, me dit « mmmm, j’ai envie de lui planter une aiguille dans la veine ». Les plis des articulations, la naissance des ongles. Quelle précision inouïe, quel travail, quelle délicatesse, quelle finesse, quelle patience, quelle technique, quelle audace ! C’est éblouissant, fascinant. Quand il sculpte ça, Michelangelo a 25 ans. C’est un gamin. Il n’a pas intérêt à se louper sinon il est la risée de tout Florence. Bon, il ne s’est pas loupé. Et ça a fait sa fortune ! Il suffisait d’oser.

Eloignez les enfants

Bon, voilà, vous avez dit « oooooooooh ». Ça y est ? La surprise est passée ? 
Eh bien oui, David a un zizi. Et vous avez toutes et tous passé seize ans. On peut passer à Michel-Ange.

Pour tout vous dire, je ne m’étais jamais vraiment arrêté sur ce zizi. On voit David de face et généralement de loin. À cette fin est-il conçu. Mais quand on s’approche, on tourne autour d’une statue de plus de cinq mètres, avec le socle. On le voit donc bien par-dessous et dans des détails qui nous avaient jusqu’alors échappé. Et c’est, encore, une prouesse technique. Oublions la pilosité trop bien peignée, comme la chevelure : manifestement il a eu un forfait permanente-coiffure zizi-moumoute. Regardez ce travail extraordinaire de précision : on voit la petite protubérance du gland, les plis du prépuce (les plis !) ; même l’orifice est creusé, irrégulier, comme il se doit. C’est un travail d’orfèvre, de joaillier, pas de sculpteur de marbre. Il sculpte au ciseau, le petit Buonarotti, en direct sur le marbre, là. Pas de moulage de plâtre que l’on peut reprendre à volonté, non. Il n’y a aucune erreur possible, pas UN coup mal ajusté n’est possible, rien. Ce type est dingue. Sûr de son talent, de sa technique et de son art, mais dingue d’oser ça sur un bloc compact de marbre blanc de plusieurs tonnes.

Le regard

La main de David demeure une grande émotion. Mais vous êtes-vous attardés sur son visage ? D’abord, s’il est beau, il n’est pas réellement harmonieux. Voyez ce front trop bas, presque absent, caché sous la chevelure. Ses arcades sourcilières sont très proéminentes, ce qui enfonce complètement ses yeux. Mais du coup, cela donne volonté et puissance à son regard. Mais comment peut-on faire sortir de la seule pierre un regard d’une telle expression ? Car il n’y a rien ici que du marbre de Carrare. Pas un coup de crayon, aucun artifice de couleur, rien. Et son nez légèrement pincé, sa bouche fermée, sans colère, juste de la détermination : quelle volonté de vaincre ! C’est… c’est… c’est tellement grand, beau, unique. Ce garçon est un pur génie. Mais un fou furieux aussi : regardez comment il ose creuser les narines, dessiner les oreilles et creuser les paupières, sans parler des pupilles ! Un simple geste maladroit ou une fragilité du marbre et hop, pas de nez, pas de regard, pas de David : il part à la casse. Et ça fait cinq cents ans que ce Roi nous regarde avec dédain et hargne.
Mais une hargne paisible et patiente. Il sait qu’il vaincra.

Quel prodige !

7 commentaires sur “Michel-Ange, le Tondo Doni et… David

    1. Eh bien, j’en ai fait un peu. Mais j’ai déjà fait de la musicologie et du droit et quelques autres petites choses. On ne peut tout faire, hélas. Et j’ai beaucoup regardé : tout est dans l’œuvre. Tu dis ça parce que tu es gentille, Régine. Fabuleux, non, certes pas. Passionnant ? J’essaye de transmettre mes passions, ça, oui.
      Ah ! Et j’ai beaucoup écouté, oui. En premier, même 😀 Mais c’est difficile ici. Je vais tenter de temps en temps de mettre des liens. Mais le son sur un ordi ou un smartphone, c’est plutôt décourageant qu’autre chose

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    1. Premier élément de réponse, BarduMarché64 (ça fait quand même bizarre de s’adresser à un comptoir 😦 ) : ce n’est pas « l’artiste de la chrétienté », générique, car Donatello, un ½ siècle avant, le circoncit, lui. Pourquoi pas M-A. ?
      Je continue mes recherches 😉

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    2. Eh bien, BarduMarché, nul n’a de réponse à cette question qui en a perturbé plus d’un, en effet. Certains sont même inquiets pour le modèle (des médecins ?) estimant qu’il a un phimosis à opérer d’urgence.
      J’ose une hypothèse : son modèle ne l’était pas ?

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