Chemins croisés

المملكة الأردنيّة الهاشميّةالمملكة الأردنيّة الهاشميّة
Le Royaume hachémite de Jordanie

Terre trois fois sainte où défila tout le monde antique connu, la Jordanie révèle autant de paysages sublimes qu’elle suscite d’émotions complexes.

L’ancienne Gadara, aujourd’hui Umm Qeis, à l’extrême nord du pays, recèle les vestiges d’une importante cité romaine. Nous, pauvres occidentaux biberonnés aux gauloiseries, sommes toujours étonnés des traces qu’a pu laisser l’Empire romain en orient. Mais ce qui émeut ici n’est pas l’antique, c’est la terrible modernité d’une triple frontière sur ces terres âprement disputées : elles sont le cœur de nos actualités d’occidentaux frileux. D’un petit promontoire, on voit couler le paisible Yarmouk qui serpente doucement vers le Jourdain. Au nord, le plateau du Golan d’où rien ne dépasse, comme s’il n’était qu’une terrasse aride et, à peine à l’ouest, le lac de Tibériade. Combien de combats, combien de soldats tombés pour ces quelques arpents quasiment désertiques qui semblent à cette heure si paisibles !

D’Umm Qeis, en Jordanie : le Golan syrien annexé par Israël et à l’ouest sous la brume, le lac de Tibériade, en Israël
Photos N. S. arrangées en une seule par C. V.
Le temple d’Artemis

Quelques kilomètres plus au sud se dévoile l’immense Jerash, ou Gesara, la Ville aux Mille Colonnes. Ici, a contrario d’Umm Qeis, la vie antique vous saute au visage. Le forum ovale et l’avenue rectiligne de 800 mètres sur laquelle il s’ouvre, tous deux bordés de colonnes, sont impressionnants. Ils sont surtout émouvants, surplombés d’un temple de Jupiter, d’un autre de Diane, et flanqués de trois églises et de deux théâtres ! Les conduites souterraines d’eau se distinguent, les vestiges des échoppes s’animent, on sent vibrer la vie quotidienne, le mode de vie est palpable, mieux qu’expliqué par tous les livres. Quelle grandeur, quelle beauté, quelle vie, quelle émotion pour peu qu’on s’y attarde !

C’est encore la photo Wikipedia qui rend le mieux !

Le Mont Nebo, où Moïse serait mort en voyant, mais sans y accéder, la terre promise, est un autre espace d’où le regard ne peut se détourner, pour contempler l’horizon dans la brume ; l’horizon ne s’éloigne pas, ici, au fur et à mesure que l’on s’en approche, la folie des hommes l’a fixé à quelques kilomètres : le Jourdain, infranchissable obstacle, la ville israélienne de Jericho et, comme à portée de bras, les inaccessibles collines de Jerusalem ; le regard fait en un instant le pèlerinage que les pas du Jordanien ne feront pas.

L’émotion est aussi forte à la vision presqu’irréelle d’une mosaïque byzantine du VIe siècle, parfaitement conservée, sans usure, sans un accroc, sans un manque et aux couleurs originelles. Lorsqu’on s’enquiert d’éventuelles restaurations, « aucune ! » nous est-il répondu dans un large sourire. La construction d’églises successives sur le site l’ont parfaitement conservée treize siècles sous le sable d’où elle fut exhumée au XIXe siècle, donc. Quatre étages narratifs : les deux premiers de chasseurs, le troisième d’un paisible berger gardant son troupeau (selon la convention « le seul fait le tout », un arbre désigne la forêt) et celui du bas, de guerriers dont on remarquera que celui de gauche, qui tient en laisse une autruche, est noir et celui de droite est perse. Byzance aurait-elle été pacifique ? Que ne l’est-elle restée !

Que serait la Jordanie sans Petra ? disent les guides touristiques. Petra, immense Petra. Immense site dont on ne connaît, de loin, que le monolithique Khazneh, le Trésor, et pourtant ! Ici vécurent de riches commerçants abrités des jalousies par l’imposante muraille que la nature leur offrait. Ici, les Nabatéens, tribu arabe, bâtirent dans la roche leurs maisons, leurs temples, leurs entrepôts où ils préservaient la myrrhe et l’encens et, au pied des falaises abruptes, leurs étals et leurs échoppes où ils négociaient ces précieuses denrées qui firent leur fortune : leur royaume, de l’Arabie à Damas, était établi au carrefour des principales routes commerciales d’orient. Il s’en faut de peu que l’on en croise un tant ils ont imprimé leur présence en ce lieu. D’ailleurs, on en a croisé ! On a même discuté avec eux : on a été emmené d’un bout à l’autre de la ville dans une brinquebalante carriole par quelques uns de ces jeunes hommes au teint foncé à qui a été accordé le monopole de l’activité commerciale sur le site.
Long couloir de plus de trois kilomètres à la largeur variée, Petra est le fruit du génie de l’homme autant que de celui de la nature immense.

La nature immense… Que dire d’autre du Wadi Rum, prodigieux désert de sable et de roches ocres et rouges ? L’accueil du bédouin ; la tente du bédouin ; la théière du bédouin noircie de tant de fois passée au feu ; le zarb du bédouin, qui cuit la viande quatre heures, enfoui dans le sable ; la terrasse au soleil couchant devant l’immensité rougissante ; le silence total de la nuit dont les étoiles sont tellement nombreuses qu’elles relèvent les ombres des montagnes ; et la terrasse au jour naissant, un café à la main.




L’éternelle querelle des anciens et des modernes

5 h 30 : premières lueurs du jour sur le Wadi Rum. Le jour a effacé d’un trait le ciel étoilé où ne subsiste miraculeusement qu’un minuscule croissant de lune

Bien sûr on a fait le détour par la Mer morte. Pourra-t-on encore le faire dans trente ans tant l’évaporation s’accélère ? On a cependant évité de s’y baigner, elle est presque plus dense de touristes que de sel. On a pensé alors à nos vagues natales que nous avons en charge de protéger, elles aussi. Et qu’il était temps de rejoindre.

Hors mention spéciale, toutes les photos sont de N. S. – Aucun filtre, aucun effet, simple appareil photo

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