Relancer Biarritz #2 – Les eaux de baignade

Je titre « les eaux de baignade » pour plaire à mon lecteur. Je sais bien qu’elles sont un enjeu de plaisir, de bien-être, de tourisme et de santé ; de réputation de notre station aussi : qu’un pavillon violet flotte trop souvent, que cela se sache et au revoir « veau, vache, cochon, couvée[s] » de touristes.
C’est aussi un sujet électoral, chacun y allant de sa solution miracle pour rendre cette eau quasiment potable.
Au risque de choquer mon aimable lecteur qui n’en est plus à une de mes provocations près, j’ose dire que je me f… des eaux de baignade. Oh ! Pas si je suis un responsable touristique, évidemment. Ni baigneur régulier amateur de vagues.

Non ! Mais à l’écologiste que je suis, le vrai, pas celui d’opérette, importent bien davantage la qualité des eaux du Golfe de Gascogne et la propreté naturelle de l’océan[1].

Biarritz se jette dans l’Atlantique

Aujourd’hui, la qualité de l’eau est évaluée par des analyses essentiellement bactériologiques, recherches d’Escherichia coli et d’entérocoques, c’est-à-dire, et pour le dire crûment, ce qui sort de nos égouts, donc de nos wc, donc de nos intestins. À partir de là, s’échafaudent des plans municipaux pour remédier à l’inconvénient peu ragoûtant de se baigner « là-dedans ». Municipaux et pourtant, en ce qui nous concerne, l’assainissement ne ressortit plus aux compétences de la Ville mais à celles de la Communauté d’Agglomération. Mais finalement, n’est-ce pas un mal pour un « moins pire » ? Car les solutions à long terme ne seront évidemment pas locales. On peut relativiser, en se bouchant le nez, se souvenant que cela fait des décennies que nous nous baignons dans cette eau. Hélas, il y a des décennies, ce n’était justement pas cette eau : elle était beaucoup moins polluée qu’aujourd’hui où elle provoque bien plus d’allergies et de maladies de peau que naguère.

L’Ifremer indiquait, il y a quelques années que « Le Golfe de Gascogne est le lieu d’une activité économique importante (aquaculture, conchyliculture, pêche, transports maritimes, tourisme). Son écosystème est soumis à une pression humaine importante du fait de son exploitation directe, des pollutions chroniques ou accidentelles et des apports fluviaux ». C’est dire la complexité du sujet qu’on ne peut aborder que de manière holistique, comme font les médecins, et pas uniquement par le petit bout de la cuvette.

Carte n°1
Carte n°2

Nos eaux usées ne se déversent pas dans une mer stagnante qui ne serait soumise au mouvement ni des marées ni des courants et qui vivrait, si je puis dire, en autarcie. Le Golfe de Gascogne[2] est soumis à d’importants mouvements de courants qui s’engouffrent dans les profondeurs océaniques, mais surtout de surface aux variations bien plus grandes dues aux marées, à la houle, aux vents, au débit des fleuves et aux activités humaines. Le Service hydrographique et océanographique de la Marine a établi des cartes saisonnières[3] qui montrent la variation des courants de surface à proximité de nos côtes : de direction nord-sud puis est-ouest en été, et ouest-est puis sud-nord à l’automne et en hiver. Biarritz pourra déverser dans l’océan de l’eau d’Evian, si passent de puissants courants apportant des pollutions exogènes du type des déversements continus des décharges des côtes cantabriques ou des embouchures de la Gironde ou du Nervión, au nord de Bilbao, à côté desquels l’Adour est un ruisseau bucolique, cela n’aura servi à rien, les eaux de baignades seront sales. Ce n’est pas une découverte, tout de même, que de dire que les étiquettes des bouteilles en plastique qui s’échouent sur nos plages sont en espagnol !

De puissants lobbies auprès des autorités européennes, dont la Surfrider fondation Europe, œuvrent au changement des normes des analyses. Il ne fait aucun doute qu’ils parviendront tôt ou tard à ce qu’elles soient beaucoup plus complètes qu’aujourd’hui. Elles prendront en compte les pollutions chimiques anthropiques d’origine domestique ou industrielle, les micropolluants des produits d’entretien, des cosmétiques, des antibiotiques d’élevage ou des pesticides et, bien entendu, les pollutions d’origine pétrochimique. Ces pollutions mettent le Golfe de Gascogne en danger d’hypoxie, ce qui induit un dépérissement de la faune et de la flore uniques et remarquables du Golfe de Gascogne. Là est le véritable danger !

Le jour où ces analyses seront prises en compte, ce sera pavillon violet 365 jours sur 365. On aura pu trouer la ville de tranchées à coups de millions pendant des années, et pourrir la vie de ses habitants pendant le même temps, ça aura été vain, le résultat sera proche de zéro. Quand les réseaux séparatifs existent, c’est une bonne chose. Mais quand ils n’existent pas, ils sont devenus une solution passéiste qui ne résout que des problèmes secondaires.
Œuvrons à déverser le moins possible d’eaux usées dans l’océan, à les faire pénétrer autant que possible la terre directement, à retenir le plus longtemps les eaux de ruissellement et d’orages, à améliorer les performances techniques de filtrage sain de nos stations d’épuration et nos eaux de baignades seront fréquentables. Pour le reste, voyons plus loin : des solutions globales et durables.

Biarritz tournée vers l’Atlantique

Le passé, le présent et l’avenir de Biarritz sont l’océan. Aura, sidus, mare adjuvant me. L’Atlantique est une permanence. Je ne sais si le mimétisme marin est porteur, la structure Ocean Start en tout cas pas, je l’ai écrit il y a quelques mois[4]. En revanche, l’écologie maritime et la dépollution des océans avec en ligne de mire celle du Golfe de Gascogne et, par extension, de toute la façade maritime française et européenne, est un enjeu économique et écologique vital pour les décennies qui viennent.

Carte n°4 – Les courants abyssaux et les dérives littorales
Source SHON 2011

Il est temps de mettre les principales institutions concernées, susceptibles de traiter les problèmes de manière globale, autour d’une table pour travailler de manière permanente à ce problème : les deux états, Espagne et France, au moins les deux régions Aquitaine et Euskadi, les collectivités locales concernées et, évidemment, l’Europe. Une « conférence » permanente doit être instituée, non pas un comité Théodule de plus, mais un véritable centre de recherche constitué de scientifiques, appuyé par les universités compétentes et en liaison avec d’autres centres d’outre-Atlantique, australiens ou allemands, déjà avancés sur ces sujets. Ils apporteront peu à peu des solutions utiles de progrès que mettront en œuvre les institutions. Que nous tous, mettrons en œuvre.

De par sa situation géographique, équidistante de Bordeaux et de Bilbao, de la Loire et des Asturies, de par sa réputation internationale, de par sa volonté depuis longtemps affirmée, Biarritz devra être au cœur de la recherche en écologie océane en Europe.


[1] Cf. article Penser une écologie réaliste, du 17 juin 2019.

[2] J’ai choisi de dire Golfe de Gascogne pour toute la région océanique qui nous intéresse, de la Loire à la Côte cantabrique, voire la Galice bien que le Golfe de Gascogne stricto sensu se limite à la partie française alors que les eaux territoriales espagnoles forment la Mer celtique. La limite figure en pointillés sur les cartes. Cf. carte n°1, source SHON

[3] Carte n°2. Source Charria et al. – 2011, SHON, IGN, ESRI

[5] Cf. Ocean Start du 1e août 2019

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