Une rentrée bien scolaire – 1

Les années électorales sont des années de transition. L’équipe élue exécute, même avec quelques correctifs, le budget préparé par l’équipe précédente tout en préparant le suivant qui sera son premier. 2020 est, hélas, bien pire que cela. Au lieu d’être élue en mars, Madame le Maire de Biarritz l’a été début juillet, au cœur d’une crise sans précédent : situation budgétaire épouvantable, conditions administratives extrêmement difficiles, problèmes économiques inextricables, grande urgence sociale. On accordera au maire novice temps du rodage et indulgence pour quelques amateurismes de débutante : avoir été longtemps dans l’opposition ne donne pas les clés du bureau du maire. 

Victoire !
Photo François Berland pour Mediabask

Toutefois, après six mois, on voit ce que révèle ce bel équipage élu avec 50,22 % ce qui, dans une quadrangulaire, fut un exploit. 

On a d’abord entendu cet été, un quasi unanime « pour l’instant, elle fait un sans-faute » : réponses immédiates à des problèmes jamais vus et surtout, au sens premier, inouïs, présence rassurante, propos consensuels. Le maire était présent, efficace, apaisant. On se dirigeait gentiment vers une mandature sans aspérité où chacun serait écouté, promesse de campagne où la proximité prima l’audace. Mais enfin, quoi ! On ne pouvait s’en plaindre, les Biarrots l’avaient ainsi voulu : 50,22.

Le boss

Jusqu’à ce 10 août où le président du BOPB digressa en allégations au sujet du maire de Bayonne, devant une maire souriante et coite, en plus de s’être laissée tutoyer en public ! Erreur de débutante ? Faute politique : on ne laisse pas le maire d’une cité voisine, président de la CAPB, être insulté en sa présence. Le lendemain, aimablement assise devant des journalistes, Madame le Maire terminera une interview venue à point par un péremptoire « le boss, c’est moi ».
Trop tard, Madame : l’autorité, c’est tout de suite.

L’anecdote pourrait être bénigne si elle n’était révélatrice. On s’apprêtait à oublier que cette dame sympathique et « comme tout le monde », s’était contentée, six ans durant, de lire des textes bien ficelés. Par qui ? Le grain de sable eut une suite : un feuilleton médiatique nauséeux où l’on apprit que le conjoint de Madame, Monsieur donc, avait eu une conversation avec le président du BO. Pour mettre la suspicion de conflit des genres voire pire, on ne fait pas mieux. À quel titre cette personne intervient-elle sur le sujet ? Qu’a-t-elle à en connaître ? Pourquoi tutoie-t-elle le président du BO ? Pourquoi Monsieur accepte-t-il de répondre puis s’explique-t-il auprès des journalistes ? Le comble du mélange des genres est atteint et vient annihiler l’effet trompe-l’œil de démission : « si tu rentres dans ce process, je vais rentrer dans la course, je vais sortir et je vais te faire très mal (…) ». J’hallucine, pour parler comme nos jeunes. Et personne n’a moufté. Monsieur tire les ficelles ? Le spectacle de marionnette a commencé ?

Madame le Maire

Le Maire et le DGS sur fond d’Hôtel du Palais

On a évidemment écouté les conseils municipaux et observé l’exécutif avec mansuétude, les impréparations de dossiers, la difficulté à les présenter oralement, la lecture laborieuse de textes préparés par les services, le manque de précision, le recours fréquent au Directeur général des Services. Au premier conseil, c’est normal ; au deuxième, ça passe ; au troisième, on s’impatiente ; au quatrième, ça suffit.
On insiste : ce qui se passe au-dehors, c’est une chose. Le conseil municipal en est une autre, c’est un acte administratif majeur, c’est le moment politique le plus important, peut-être le seul vrai, celui où se décide l’avenir de la ville. Il faut maîtriser les dossiers et exposer clairement sa pensée propre.
– « Une ville a-t-elle vocation à gérer un palace ? De l’avis de plusieurs des personnes que j’ai citées, dont Bercy (…) » (CM du 2 octobre).
Madame, ce n’est pas Bercy qui décide : le maire, c’est vous.


À propos de l’association Les 3A :
– « une note dont l’auteur est Monsieur FNM, DGA chargé des finances ». 
Là, je m’arrête plus longuement et plaisante moins. Une règle absolue est de ne jamais citer nommément un fonctionnaire, sauf peut-être pour lui rendre un hommage particulier. Les fonctionnaires n’agissent pas en leur nom propre, mais ès-qualité. Les nommer, c’est oublier qu’ils ne sont pas politiquement responsables des actes accomplis dans l’exercice de leur fonction. Le procédé est propre à faire douter l’administration qui, si elle sent le risque de se voir jetée en pâture publiquement, rechignera à faire ce qu’on lui demande : préparer les dossiers et les décisions. Le fonctionnaire doit, pour ce faire, avoir une confiance absolue dans la discrétion et la droiture de son patron envers lui. L’élu, seul, est responsable devant son Conseil municipal et ses électeurs.
Madame : le maire, c’est vous.

On a remarqué, au passage, le délicieux partage de la parole, Madame le Maire laissant ses adjoints se dépatouiller, sans même une introduction générale. Sans aucun doute, me répondra-t-on, est-ce une manière de partager les tâches et de ne pas concentrer les pouvoirs ? Bon… Pourquoi pas ? Evidemment, on n’y croit pas, mais soit. L’avenir nous montrera de quelle manière Madame le Maire arrivera ou non à s’emparer de dossiers qu’elle donne l’impression pour l’instant de ne pas piloter.

Elle a en tout cas très vite acquis une compétence aussi utile que plaisante, savoir clouer le bec à l’opposant audacieux dont le Docteur Barucq a le premier fait les frais : au sujet de masques, son avis « réjouirait D. Trump » ou à propos des experts  « qui ne partagent pas le même avis que [lui] mais qui sont reconnus néanmoins comme des experts ». Aurait-elle tort de s’en priver ?

On est très gêné, enfin, par cette difficulté à répondre précisément. Dès que Madame le Maire s’écarte du sujet ou entre dans une discussion, on court le risque des énormités. On en a relevé quelques unes dont on livre un florilège :
1 – Au CM du 18 novembre, à propos de l’auberge de jeunesse : «  Le tourisme social n’était pas dans notre programme ». C’est fou, une telle phrase. On est resté les yeux écarquillés, bouche bée. Cette énormité est-elle à commenter ? On y reviendra.
Et l’interview de dimanche 6 décembre sur France 3 :
2 – Une grande et belle réflexion : « Ce sont des perspectives d’avenir qui s’éloignent » 
3 – A propos de l’aéroport de Biarritz : «  De 1,2 millions de passagers nous sommes passés à 400.000 € » 
4 – A propos de l’Hôtel du Palais : « Qui est un palace et qui a vocation à le devenir ». Mieux que le Général à Fécamp, « une ville de la mer, qui veut le rester et le restera » !
5 – « (…) Petits porteurs, c’est pour ça que la Ville est devenue propriétaire ». Méconnaissance du dossier, de l’histoire et de la réalité. Pire : de l’actionnariat de la SOCOMIX

Le proche avenir nous dira de quelle manière Madame le Maire porte l’écharpe : sur l’épaule ou tombante ? Le Débat d’Orientations budgétaires est la semaine prochaine : c’est à elle qu’incombe la mission de le tenir. Le présenter ?

A suivre très bientôt :
1/ quelques adjoints pris au hasard et les premiers pas de l’opposition
2/ les Orientations budgétaires, quand elles seront passées (déjà bien en retard)
et, évidemment
3/ les bombes de la culture

Un commentaire sur “Une rentrée bien scolaire – 1

  1. Bonjour Jacques,

    Je constate avec plaisir que nous sommes plusieurs à Biarritz à suivre la vie municipale de près et c’est une très bonne nouvelle. Comme toi, je regarde de près ce qui se passe à la mairie, me réjouis parfois, m’indigne à d’autres moments, sans avoir encore un avis bien arrêté. Je ne suis pas toujours d’accord avec ce que tu écris, mais, contrairement aux réseaux sociaux, qui surréagissent souvent sur des impressions, tu alignes des faits incontestables et c’est ce qui fait la valeur de ton blog
    Bravo donc, et je t’avoue que j’attends la suite avec gourmandise.
    Jean-Yves Viollier

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