La Peste et le Président

« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés1 »

Rarement on aura vu l’exécutif de la République aussi dépourvu. On peut comprendre l’embarras dans lequel il se trouve. Comment aurait-il pu en être autrement devant une crise jamais vue et d’une telle ampleur ? Néanmoins, il est l’exécutif. Il s’est fait élire pour prendre des décisions aussi difficiles soient-elles ; non se contenter de ménager le bon peuple pour rester sous les lambris dorés cinq ans de plus. Et décider, c’est trancher. Oui, Monsieur le Président : vous n’avez pas qu’un poste, vous avez une charge.

La semaine passée, un à un, des ministres distillent des informations alarmistes, dessinant un avenir bien sombre, progressivement, comme naguère sur nos écrans ce petit train-rébus où chaque wagon portait un trait du dessin que le dernier passage dévoilait achevé. Le jeu familial était de deviner : mais où nous mène-t-il ? Nous en sommes là. Le jeudi 28 janvier, le ministre de la santé expédie une conférence de presse. Il ne dit rien « en toute transparence », comme il le répète désormais chaque fois, tant et si bien que nul n’y croit plus puisque la sotte formule est l’aveu implicite qu’on nous ment. Ou qu’on nous a menti, mais promis, on ne recommencera pas. Mentir quand on ne dit rien : ces gens sont exceptionnels !

La drôle de guerre

Le vendredi 29, les écrans passent en boucle des images d’un Conseil de Défense réuni en urgence puisque « nous sommes en guerre » : les plus graves décisions sont imminentes. Et puisque nous sommes en guerre, allons donc rechercher les généraux Gamelin, Billote et Georges qui nous assureront des réactions rapides, avisées et efficaces. Ainsi s’avance le premier Ministre. Il parle tout aussi brièvement que son ministre la veille et… ne dit rien. C’est le superbe accomplissement du désormais célèbre « en même temps » : le premier Ministre parle et, en même temps, ne dit rien ; s’agite, et en même temps ne fait rien. De la vacuité élevée au rang de grand art !

On passe la Convention citoyenne sur le Climat et ses cent membres tirés au sort. De la même manière que tout est en transparence, tout est devenu citoyen. On nous a annoncé depuis, un nouveau comité Théodule2 de trente-cinq conscrits, tirés au sort eux aussi, chargé d’évaluer la politique de vaccination de la France. On va y retrouver, outre l’auteur de ces lignes, une DRH pressée, son boulanger, sa charmante voisine, un professeur d’Italien, un pieux moine végétarien, madame-pipi de la gare du Nord et quelques autres experts qui, évidemment, auront un avis bien plus autorisé que la Haute Autorité de Santé dont c’est la mission, ou que le… ou que le… Mais combien sont-ils ? C’est effrayant. Surtout d’un président qui affirmait il y a peu « nous pouvons faire aussi bien en dépensant moins, et donc supprimer nombre d’organismes inutiles3 », avant d’en créer autant que d’interventions télévisées. Le ridicule ne serait rien si ne se déroulait sous nos yeux atterrés et nos bouches coites la plus sournoise attaque contre la démocratie de toute la Ve République.

La République existe ? On ne la rencontre plus…

Sommes-nous encore sous un régime de démocratie représentative ? La représentation nationale, c’est le Parlement. Il « contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques4 ». On dénie à ce groupe de trente-cinq venus du hasard toute autorité pour contrôler une politique publique, fût-elle de vaccination. C’est le simple respect des institutions dont ce même président est, devrait être ? aurait dû être ? le garant. S’il souhaite que sa politique en la matière soit évaluée et contrôlée, que son gouvernement en appelle au Parlement. Et à nul petit groupe représentatif de rien d’autre que de lui-même.

Détournement d’internaute

Une politique proposée au gouvernement par un Conseil scientifique dont le président, éminent médecin reconnu par ses pairs, se répand dans les media pour dire un jour, c’est urgent, ça ne doit pas attendre et le lendemain, ah ! Bah… ça peut bien attendre une semaine de plus. Quelle pantomime, quelle pantalonnade, quelle clownerie ! Et ce, pour deux raisons dont une seule eût suffi pour que le ministre acceptât sa démission : la contradiction est digne d’un incapable, la deuxième étant qu’il est là pour conseiller son patron et non affoler les populations. On n’avait jamais vu des conseillers, destinés à rester dans l’ombre, se pavaner sous les projecteurs jusqu’à ce qu’un conseiller élyséen, plume d’un ci-devant président, s’y autorisât, ou y fût autorisé, ce qui est pire. Depuis, c’est la ruée. Désormais la république des nommés laisse place à la république des tirés au sort. Que la république demeure la République !

« Plus d’amour, partant plus de joie1 »

En commençant, on disait comprendre les difficultés de l’exécutif devant l’inconnu. Il sait bien, malgré ses dénégations, que la santé « quoi qu’il en coûte » n’est plus possible. Tirons un trait sur les abyssaux déficits publics que génère la crise. Ils seront payés par les générations futures ? Qui les feront payer par les générations futures qui, à leur tour, les feront payer par les générations futures, ce n’est guère inquiétant (sauf si…!), il en va ainsi des finances publiques depuis des siècles. Le sauf si…! finira-t-il par advenir ? Rarement on a vu les Français si désorientés, tristes et si anxieux. D’une angoisse dangereuse pour eux-mêmes et pour la cohésion sociale.

Non, ce dont est comptable le gouvernement d’aujourd’hui, c’est de la confiance des citoyens qui l’ont choisi. Le président de la République a montré en deux ans et demi son incapacité, d’abord à choisir les hommes, ensuite à décider. Qu’à cela ne tienne, aidons-le : que l’honnêteté, à défaut de vérité, préside à ses déclarations ; que sa voix porte et, pour qu’elle porte, qu’elle soit uniforme et ne vienne que d’autorités légitimes. La crise est trop grave pour continuer l’amateurisme avec lequel nous sommes gouvernés. La confiance dans les actes viendra de la sincérité du verbe, de la sagesse des décisions et de la légitimité de leur contrôle.


1 À nouveau merci à Jean de La Fontaine, Les Animaux malades de la Peste
2 « Que la politique présente les choses, à sa façon. Mais de cela, le général de Gaulle ne s’est jamais beaucoup occupé. L’essentiel pour lui, ce n’est pas ce que peuvent penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte, l’essentiel pour le général de Gaulle, président de la République française, c’est ce qui est utile au peuple français » – Général De Gaulle, 25 septembre 1963
3  Monsieur E. Macron, président de la République, en conférence de presse le 25 avril 2019
4  Constitution de la Ve République, titre IV, article 24

Voir aussi La Peste et La Peste 2

4 commentaires sur “La Peste et le Président

  1. Triste affreusement triste période…éloigner les humains les uns des autres
    Totalitarisme… Où pas
    Est ce que les grippes précédentes et mortelles nous obligeairent à porter des masques
    À qui rappote tt ça
    Nous ne sommes que locataires de cette terre, qu’allons nous laisser à nos petits enfants
    …. Liberté, j’écris ton nom
    Liberté

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