À Gaza : peuple de jamais, peuple de nulle part

On ne veut ici ni refaire l’Histoire ni entrer dans des conflits qui ne sont pas les nôtres. Ils sont trop complexes et leurs enjeux trop contradictoires : « Le Proche-Orient éclaté1 » titrait Georges Corm dès 1983, travail savant et presque définitif, même s’il n’est exempt de parti pris. 

Les très jeunes générations d’Israël et de Palestine sont les héritières de combats qui ne sont plus les leurs ; ceux de l’Histoire tragique de l’Europe du XXe siècle, de la chute de l’Empire ottoman, de la Shoah en même temps que de la funeste proximité du Mufti de Jérusalem et du régime nazi, ceux de territoires à jamais perdus, ceux de peuples qui se côtoyèrent des siècles dans une crainte mutuelle dont il ne reste aujourd’hui que la haine. Le peuple juif errant se cherchait une terre et une patrie ; les Palestiniens de Gaza avaient bien une terre, mais brinquebalés d’Empire ottoman en mandat britannique, sous tutelle égyptienne, puis israélienne, puis à nouveau égyptienne, passant sous autorité palestinienne et enfin sous l’impitoyable joug du Hamas, le Fatah n’ayant plus d’Autorité que le titre, ils ne font qu’errer, eux aussi, sur leur propre terre, sans avoir jamais bénéficié d’une once de souveraineté. Certains se rappellent bien la brutalité de l’indépendance d’Israël en 1948 ; les mêmes se plaisent à oublier que c’est par la force que le Hamas prit en otage la Bande de Gaza en 2007. On ne vit alors nulle manifestation germanopratine défendre le faible Mahmoud Abbas. Du moment qu’on s’assassinait entre soi, nul n’y voyait à redire.

L’actuel malheur des deux millions de Gazaouis est que le premier Ministre israélien est le plus dur et impitoyable depuis la création de l’État d’Israël en 1948. Un autre, mais non moindre, est que leur petit territoire vit sous l’une des pires dictatures militaro-religieuses de la région, celle de l’organisation terroriste du Hamas.

Rapprocher pour comprendre

Pour rendre tout cela plus proche de nous et donc plus palpable, on a eu l’idée d’une superposition. Oh ! Juste une superposition géographique. Aucune analogie, aucune comparaison évidemment. L’idée vaut ce qu’elle vaut : la Bande de Gaza est à peu de choses près superposable à la Côte basque : une quarantaine de kilomètres de long et moins d’une dizaine de large, notre côte étant un peu plus incurvée.
Voyez la ville de Gaza sur Bayonne-Ondres : les F16 israéliens décollés de Tel-Aviv sont sur elle en moins de dix minutes. Ou sur les paisibles retraités d’Arbonne. À peine plus sur Rafah et le péage de Biriatou. 
Imaginez-vous vivre ou tenter de vivre à Seignosse ou Magescq, soit Ashkelon et Ashdod ou, pire encore, à Saint-Martin-de-Seignanx (Sdérot) sous les tirs incessants depuis Tarnos, des roquettes du Hamas qui désormais, c’est une découverte, peuvent atteindre Tel-Aviv !

Ainsi réalise-t-on mieux ce que peut être la vie de ces deux millions d’Êtres humains entassés sur cette langue de terre, sans eau potable, sans électricité, sans soins et sous un double blocus israélien et égyptien. Eh oui ! Il y a des vérités sur lesquelles certains ont des pudeurs de pucelle : les Arabes de Gaza souffrent presque autant du blocus des Arabes d’Égypte que du blocus israélien.

Sombre avenir

On sait l’audace de ce rapprochement. Il n’est fait que pour qu’on réalise pour quels arpents de terre ces organisations s’affrontent. On écrit bien organisations : il s’agit bien du Hamas et de Tsahal. Les organisations s’affrontent, les enfants meurent. Ceux de Gaza comme ceux de Sdérot. Les peuples eux-mêmes, palestinien et israélien, ne souhaiteraient qu’une vie digne et le droit de vivre chacun sur sa terre, son État, au moins dans les frontières de 1967. Une grande partie du peuple israélien souhaite la sécurité dans la tranquillité : son gouvernement n’entend pas. Le peuple palestinien aspire à la paix : plus personne n’écoute.

Car, de ce conflit qui fut 70 ans la grande cause du monde arabe, la géopolitique mondiale désormais se fout. Après l’Égypte et la Jordanie, les États du Golfe, le Maroc et le Soudan normalisent leurs relations avec Israël. Les États-Unis tentent de racheter auprès de leurs alliés et affidés, l’énorme tragédie irakienne de 2003.

1 Georges Corm, Le Proche-Orient éclaté 1956-2012, septième édition, Folio histoire, éd. Gallimard, 2012 

*****

On ne peut s’empêcher d’être très troublé et dubitatif au spectacle de l’effondrement de cet immeuble abritant Al Jazeera et Associated Press. L’attaque était attendue et toutes les caméras braquées sur lui. Deux missiles l’auraient détruit. Qu’on ne voit arriver de nulle part ? Le touchant juste à sa base ? Quand deux missiles tombent sur un immeuble, il explose, pulvérisé, projetant des milliers de projectiles de béton alentour. Or que voit-on ? Treize étages s’effondrant sur  eux-mêmes, presque proprement, comme s’il avait été l’objet de dynamiteurs précis et attentifs. Même les panneaux publicitaires qui le longent ne sont pas abîmés. Et pourquoi un immeuble abritant une agence de presse américaine et une télévision qatari ? Par qui ? Jusqu’où va la propagande ? D’où vient-elle ? Pourquoi ?

Capture d’écran. Vidéo que tous les organes de presse s’attribuent

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