Féminicide et autres billevesées

Les mots

On me dit que j’aime les mots. Peut-être. Je croyais plutôt aimer la finesse de sens qu’apporte le choix des mots. J’ai écrit ici plusieurs fois que l’affaiblissement du mot en affadissait le sens et que le risque d’une langue standardisée était le risque de l’annihilation de la pensée propre. Voilà un refrain que j’entonne souvent. 

Néanmoins, il est vrai que le son, le rythme et la mélodie des mots m’importent. Ainsi ce féminicide est-il assez élégant, musicalement. Quatre belles syllabes faites de consonnes douces – la seule dure étant avalée par le e muet – aux voyelles peu articulées, é et i courts, font un mot agréable à l’oreille. Même si désormais il doit être l’un des plus utilisés de la langue française, je ne me lasse pas de l’entendre. 

Le sens

J’écoutais sur une radio publique d’infos, la semaine dernière, une militante utiliser le mot au moins deux fois par phrase, l’effet était comique. J’aurais dû les compter, j’en avais plein les oreilles. Comme il est doux d’être féminicidophobe pour dénoncer le féminicide ! Une fois sa logorrhée terminée, je bondis, ulcéré : « Mais dis-le, merde ! C’est un meurtre ! »
Ouch ! Le vilain mot ! Comme il sonne mal, comme il est agressif, rtr, comme il contient l’horreur de ce qu’il désigne ! À force de condamner le féminicide par principe, vous avez oublié, Madame, que ce jour-là, quelqu’un avait commis un meurtre, qu’une femme était morte assassinée. J’emmerde les militants anti-féminicide. Quel Être sensé pourrait donc être pour le meurtre ?

On voudrait simplifier la langue : trop compliquée, tout le monde ne la comprend pas. On réduit, on amenuise, on dévoie. Dans le même temps, certains fustigent le vocabulaire d’jeune au prétexte qu’il les éloignerait du bon français, donc du novlangue1. Bien au contraire : leur argot est souvent joliment imagé. Askip, Komdab, Balek et En PLS pour à ce qu’il paraît, comme d’habitude, je m’en fiche et je ne me sens pas bien ne sont-ils excellents ?

La langue

Une ministre défendeuse des Droits humains ne fait pas campagne, elle se lâche, elle ne prononce pas un discours, elle chante, elle n’est plus à la rubrique politique mais « people »


Par ailleurs, on la complique à plaisir. Pardon : on la complexifie. On a mûr, ils font mature. On a méthode, ils disent méthodologie. Et le contresens qui va avec. Plus personne ne s’interroge, ça questionne. En ce moment, je ne tente pas de vous démontrer quelque chose, je suis en mode démonstration. Carrément ! Dire oui est devenu… juste impossible ! Nous ne sommes plus en capacité de pouvoir le faire.
Bientôt les mûres ne mûriront plus, elles matureront. Il n’y aura plus besoin d’expliquer le phénomène puisqu’on en aura explicité la phénoménologie. Ah ! La phénoménologie de la maturation de la mûre au programme de CE1. J’en connais qui vont ramer grave. Hegel et sa Phénoménologie de l’Esprit deviennent de la roupie de sansonnet. Une caste de hâbleurs, d’écrivaillons et d’enseignants nous enferme dans ce qui n’est même plus un jargon. Enseignants. Pas professeurs, n’est-ce pas ? Ça n’existe plus les professeurs. Professeur est devenu un mot grossier sauf quand il est « des écoles », puisque le bel « instituteur » l’est devenu à son tour.

Capture de vidéo du 26 mai 2021

Le vide

L’affadissement du sens. Vous rappelez-vous les hurlements quasi unanimes contre cette grotesque mise en scène durant une manifestation de policiers, il y a quelques semaines ? Un « faux délinquant » mimait tuer des policiers. Toute la presse a repris l’expression. J’ai vu un extrait de l’émission Quotidien animée par ce Yann Barthez au sourire niais (je connais mal, je regarde si peu). Il interrogeait le ministre de la Justice, excusez du peu : « Que pensez-vous de cette mise en scène de ce faux délinquant tuant des policiers ? ». Et ledit ministre d’être heurté par la mise en scène. Au lieu de s’horrifier de ce que quelqu’un qui tue fût qualifié de délinquant alors qu’il est un assassin.
Alors, va pour féminicide. Dès lors qu’il n’y a plus ni meurtre ni assassin, on peut bien dire ce qu’on veut…

Plus rien n’a de sens, vous dis-je ! C’est aimer les mots que s’en plaindre ?

1 Georges Orwell, 1984, éd. Secker and Warburg, 1949

3 commentaires sur “Féminicide et autres billevesées

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