Sandrine et les garçons

Que la députée Sandrine Rousseau ait un problème avec les garçons est une évidence sans doute trop manifeste pour qu’on cède à la facilité de s’y attarder. Les outrances de la députée sur la nocivité des hommes donnent lieu plus souvent qu’à leur tour à des sarcasmes de corps de garde. Ne cédons pas à la simplification du rire. Demandons-nous plutôt d’où vient la fortune médiatique trouvée par chaque accusation de l’élue écologiste lancée contre le sexe opposé. Selon Madame Rousseau, le mâle hétérosexuel blanc est responsable du racisme, du dérèglement climatique, des déchets nucléaires, des inégalités, des épidémies, des pénuries, de tous les péchés capitaux du nouveau catéchisme et même, dernière trouvaille, coupable du délit de barbecue, résidu d’une virilité qui bouge encore au bord des piscines et qu’il faut d’urgence euthanasier.

Inachevé, imparfait, sexué

Pourquoi tout le monde se croit-il tenu de réagir aux provocations de Madame Rousseau, comme si ce qui est excessif avait cessé d’être insignifiant ? L’écho donné à ses saillies est un signe des temps plus intéressant que pourraient le laisser croire les volées d’insultes salaces frappant l’intelligence blessée d’une députée volubile.

Essayons de comprendre. Le début des années 90 fut marqué par le triomphe d’une série télévisée, Hélène et les Garçons, feuilleton qui narrait les amourettes insouciantes de jeunes étudiants écervelés. Les filles y tombaient amoureuses des garçons, les garçons couraient derrière les filles et la guerre des sexes finissait en d’inévitables fraternisations corporelles. Nulle théorie du genre, nulle référence aux inégalités intersectionnelles, nul wokisme, nulle révolte contre l’état du monde. C’était trop beau, à en être désespérant et… exaspérant. Soyons honnête : on a été chercher quelques informations pour en savoir autant sur le sujet.

© Mathieu Génon/Reporterre

Trente ans plus tard, le feuilleton de l’été pourrait s’appeler Sandrine et les Garçons. Chaque semaine, une idée, une proposition, un livre ou une formule de cette dame s’en prenant aux hommes enflamme le débat. Sandrine est le contraire d’Hélène. Il n’est plus question de tomber amoureux : il s’agit de haïr la réalité du monde. Il s’agit de punir. Que s’est-il donc passé depuis trente ans ? Pas grand-chose en réalité, sinon une manière nouvelle pour l’Occident repu et moribond de regarder en face la vérité d’un monde qui n’a jamais cessé d’être ce qu’il est, inachevé, imparfait et sexué. Nous pourrons nous agiter comme des bourdons dans un bocal, nous ne sortirons pas de cette réalité. Pas plus Madame Rousseau qu’aucun d’entre nous.

La merveille des sexes

Mais méfions-nous des explications systématiques, car elles finissent mal. Le marxisme voulait expliquer le monde par la seule analyse des rapports de production : c’était simple, cela répondait à tout, et cela finissait en goulag. Le nazisme voulait expliquer le monde par l’inégalité des races censée dispenser de tout autre réflexion. Madame Rousseau cède au fantasme de l’explication unique. Elle croit expliquer le malheur du monde par la différenciation des genres et les maléfices du sexe masculin. Idéologie simpliste qui a réponse à tout et se décline à l’infini. Danger ! Nous qui fûmes étudiants du temps qu’il fallait idolâtrer Marx et Engels sous peine d’être méprisés, savons d’expérience que les choses ne sont jamais simples.

« Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère dans son cœur » écrit Matthieu (5, 28). Qu’aurait-il dit d’une femme qui regarde tous les hommes comme des coupables ? A-t-elle déjà commis l’homicide dans son cœur ? La différenciation des sexes est une merveille qui enchante le monde. Sans sexe, il est infernal. Les disciples de notre madone post-moderne sont les désenchanteurs du monde : ils n’auront pas le dernier mot.

3 commentaires sur “Sandrine et les garçons

  1. Sandrine est une iconoclaste. Elle a réussi enfin à intéresser plus de monde à l’écologie. Comme quoi le conflit n’a pas que du destructeur quand on en fait une confrontation d’idées et pas de mots creux sans intérêt . Votre analyse reste dans le polémique de son propos et pas sur l’idée qu’il y a derrière qui est le débat sur l’urgence écologique.

    J’aime

    1. je crains que vous vous trompiez. Elle n’intéresse malheureusement personne à l’écologie tant son propos est inaudible ou outrancier. Elle n’intéresse – qui veut bien s’y intéresser – qu’à sa propre personne. Madame Rousseau n’engage jamais aucun débat sur l’urgence écologique. D’ailleurs, il ne doit même pas y avoir débat : c’est une réalité et cette dame n’esquisse jamais l’ombre d’une idée sérieuse. Tout le reste n’est que billevesées

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s